Éditorial − Le Bureau d’Economie Théorique et Appliquée (BETA) fête ses 50 ans

Julien Pénin, BETA, Université de Strasbourg

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Julien Pénin « Éditorial − Le Bureau d’Economie Théorique et Appliquée (BETA) fête ses 50 ans », Eté 2022 : Spécial « 50 ans du BETA ».

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Le Bureau d’économie théorique et appliquée (BETA) fête ses 50 ans. Le point culminant des actions et évènements organisés pour célébrer cet anniversaire a été une grande conférence à Strasbourg les 19-20 mai 2022. Dans la lignée de cette conférence anniversaire, ce numéro spécial du Bulletin de l’Observatoire des Politiques Economiques en Europe (OPEE) me donne l’occasion de revenir sur l’histoire du BETA ainsi que sur la richesse de son actualité, en particulier en lien avec les politiques économiques européennes.

Le BETA est créé en 1972 par un groupe de jeunes chercheurs réformateurs réunis autour de Jean-Pierre Daloz et de Jean-Paul Fitoussi, parmi lesquels nous pouvons citer Jean-Luc Gaffard et Rodolphe Dos Santos Ferreira. Ces chercheurs étaient alors convaincus de l’importance de formaliser les sciences économiques, mais aussi d’allier la théorie pure avec l’analyse empirique et la pratique, d’où le TA du BETA -Théorique et Appliquée.

La création du BETA fut d’abord un acte d’émancipation par rapport aux sciences juridiques [1]. Après les évènements de mai 1968, l’université française est en ébullition. L’université de Strasbourg choisit de se scinder en trois universités, l’une dédiée au droit, sciences politiques et sciences de gestion, la seconde aux sciences humaines et sociales et la troisième, l’université Louis Pasteur, aux sciences dites exactes et expérimentales. Alors que dans la plupart des universités françaises les sciences économiques sont dans le giron des facultés de droit, les fondateurs du BETA choisissent d’intégrer l’université Louis Pasteur et les sciences exactes et expérimentales. Ce choix originel, s’il a occasionné bien des remous à l’époque, a eu des conséquences qui marquent le laboratoire encore aujourd’hui, comme la philosophie de recherche par projet ou les collaborations régulières avec les chimistes, sciences de la santé, etc.

La première décennie du BETA correspond à une période de très forte internationalisation avec le passage de nombreux chercheurs étrangers parmi lesquels il est impossible de ne pas citer, en ce qui touche à la macroéconomie, Axel Leijonhufvud, présent à Strasbourg pendant un semestre entier au début des années 1980, et qui a profondément marqué les macro-économistes strasbourgeois.

Les années 1980 et 1990 voient l’entrée du BETA dans sa phase d’institutionnalisation [2] avec l’association avec le CNRS en 1985 qui témoigne de la reconnaissance nationale et internationale dont bénéficie l’unité. Les années 2000 sont marquées par l’expansion du BETA au-delà des Vosges, à Nancy, et l’intégration en 2005 d’une nouvelle tutelle, l’université de Lorraine. Enfin, l’évolution du BETA est parachevée en 2018 avec l’arrivée d’INRAE comme quatrième tutelle principale. Cette intégration permet au BETA de se positionner aujourd’hui comme un acteur de recherche majeur sur les questions de transition climatique et énergétique.

Aujourd’hui, le BETA rassemble près de 250 membres présents sur trois sites et compte quatre tutelles principales (université de Strasbourg, université de Lorraine, CNRS, INRAE) et deux tutelles secondaires (AgroParisTech et université de Haute-Alsace). Son histoire, sa taille et son organisation font que les chercheurs du BETA sont particulièrement bien armés pour contribuer à la production de connaissances concernant l’ensemble des grands défis sociétaux. Parmi les thématiques phares du BETA, mentionnons, de manière non exhaustive, l’histoire de la pensée économique, la cliométrie, l’économie de l’innovation et des changements technologiques, le management de l’innovation et des connaissances, l’économie comportementale, l’économie expérimentale, l’économie du droit, l’économie de l’environnement et des transitions énergétiques, l’économie forestière, et, enfin, la macroéconomie et les politiques économiques européennes.

L’OPEE a toujours eu des liens privilégiés avec le BETA. Il est, tout d’abord fondé et piloté au quotidien par des collègues du BETA dont je souhaite ici saluer le travail. Mes collègues Michel Dévoluy et Moïse Sidiropoulos, qui ont été les premiers co-directeurs de l’OPEE, et Meixing Dai et Gilbert Koenig, les co-directeurs actuels, ont continuellement œuvré pour mettre en avant les recherches sur les politiques économiques en Europe et pour garantir la qualité éditoriale du bulletin de l’OPEE. Mais également, les membres du BETA sont des contributeurs essentiels (mais heureusement pas exclusifs) de ce bulletin. Si ce dernier est si riche et diversifié c’est en grande partie car il s’appuie sur les recherches liées aux politiques économiques européennes menées par les membres du BETA.

Je me permets ici une anecdote personnelle qui souligne bien l’ouverture du bulletin de l’OPEE, mais aussi la complexité des politiques économiques en Europe. Bien que ne travaillant pas de manière centrale sur les politiques européennes, j’ai eu l’occasion de copublier en 2013, dans le numéro 29 du bulletin de l’OPEE, un article sur « les enjeux économiques du brevet unitaire européen ». A l’époque, la mise en place du brevet unitaire européen était prévue pour 2014. En 2022, il n’est toujours pas entré en vigueur et on l’annonce pour 2023 !

En ce qui touche aux liens entre le BETA et l’OPEE, il faut dans cet éditorial saluer le dynamisme des membres de l’axe de recherche Macroéconomie et Politiques Publiques (MPP) du BETA. Cet axe regroupe à Strasbourg une grande partie des recherches conduites sur l’économie européenne. Il s’agit là d’un axe qui contribue largement au rayonnement académique et non-académique du BETA. Cela peut se mesurer, par exemple, par la création en 2021 à l’université de Strasbourg d’un Institut thématique interdisciplinaire (ITI), intitulé « Making European Society (MakErS) », dont le BETA est membre fondateur ; ou encore, par la nomination d’Amélie Barbier-Gauchard, reçue en 2022 membre junior de l’Institut universitaire de France (IUF), et déjà bénéficiaire d’une Chaire Jean Monnet attribuée en 2021. De manière complémentaire, le rayonnement non-académique s’illustre, par exemple, par la désignation de Moise Sidiropoulos pour recevoir, avec 19 autres citoyens européens, le prix Nobel de la paix attribué en 2012 à l’Union Européenne. Un économiste prix Nobel de la paix, cela n’est pas si fréquent !

Enfin, la recherche n’existerait pas sans la formation et, en particulier, la formation a et par la recherche. Dans le domaine des politiques publiques européennes, les recherches du BETA bénéficient depuis plusieurs années d’un master à la faculté des sciences économiques et de gestion intitulé « Macroéconomie et politiques européennes ». Piloté par Amélie Barbier-Gauchard, ce master forme depuis plusieurs années des jeunes chercheurs qui embrassent ensuite une carrière académique ou rejoignent des institutions européennes (ou qui s’intéressent à l’économie européenne). De nombreux contributeurs au bulletin de l’OPEE (j’en identifie au moins deux rien que dans ce numéro spécial) sont passés par ce master !

En conclusion, l’OPEE concrétise parfaitement ce que le BETA a toujours souhaité être : un lieu d’excellence académique tourné vers le monde socio-économique. Ce numéro spécial du bulletin de l’OPEE pour les 50 ans du BETA, illustre, comme toujours, la diversité des approches mises en avant par l’OPEE et le BETA : diversité des sujets qui traitent de l’actualité européenne, diversité des approches, mais également diversité des contributeurs (avec la volonté systématique de mettre en avant les contributions des doctorants et des chercheurs juniors).

Je vous souhaite une bonne lecture et une excellente coupure estivale !

Juillet 2022

Julien Pénin
Directeur du BETA

Cet éditorial a été préparé pour un numéro spécial du Bulletin de l’OPEE (Observatoire des Politiques Economiques en Europe), publié dans le cadre du 50ème anniversaire du BETA (Bureau d’Économie Théorique et Appliquée).


[1Pour une histoire détaillée de la création du BETA, voir Dos Santos Ferreira R., Ege R. et Rivot S. (2020), « L’aggiornamento des sciences économiques en France : le cas strasbourgeois au tournant des années 1970 ». Œconomia. History, Methodology, Philosophy (10-1), 57-69.

[2Cohendet P. et Llerena P. (2007), « The emergence and growth of an improbable laboratory in economics and management : the case of BETA ». European Management Review 4(1), 54-65.

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Le financement du libre accès est assuré par le BETA – Bureau d’Économie Théorique et Appliquée.


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