L’observatoire des politiques économiques en Europe

Éditorial

N° 10 - Été 2004

Michel Dévoluy, Moïse Sidiropoulos


Depuis le 1er mai 2004 l’Union Européenne (UE) compte 25 membres. Naturellement, le numéro de ce Bulletin est entièrement consacré à ce thème. En effet, ce cinquième élargissement est différent des précédents à plusieurs titres.

L’UE accueille 10 nouveaux pays, huit d’Europe centrale et orientale (PECO) et deux îles méditerranéennes (Chypre et Malte). L’UE passe ainsi de 380 à 450 millions d’habitants. Malgré l’importance de leur population, ces dix nouveaux membres ne représentent que 5% du PIB de l’ UE à 25 et leur revenu moyen par habitant atteint seulement 50% de celui de l’UE à 15. L’élargissement du 1er mai 2004 est également un fait politique majeur. Il représente la dernière pierre du mur de Berlin qui tombe. Pendant un demi-siècle, les PECO ont connu un système de planification centralisée. Ils sont donc restés longtemps à l’écart de la pratique d’une économie de marché et de la concurrence internationale. Ce n’est que depuis les années
1990 qu’ils ont pu s’engager dans ce qu’on appelle habituellement « le processus de transition » vers l’économie de marché, étape préalable indispensable pour accéder à l’Union.

L’enjeu de cet élargissement est à la fois géopolitique et économique. D’une part, il s’agit d’arrimer définitivement l’espace central-européen à l’Ouest, c’est donc la fin de l’après deuxième guerre mondiale. D’autre part, il faut installer ces pays dans le système économique, juridique et institutionnel communautaire et, parallèlement, dans le mouvement de la mondialisation économique.

Ce Bulletin de l’OPEE a pour ambition de soulever et d’analyser les principales questions économiques qui se posent désormais à l’Europe : comment coordonner les politiques économiques des 25 membres alors que ce problème était encore imparfaitement résolu dans l’Europe à 15 ? Cet élargissement sera-t-il un frein ou un accélérateur pour la croissance européenne qui a pris du retard face aux Etats-Unis ? Quelle devra être la durée et l’ampleur du mécanisme de rattrapage des économies des PECO pour atteindre la moyenne de l’UE ? L’élargissement ne fera-t-il que des gagnants parmi les 25 pays membres ? Et parmi les régions des pays membres ? Comment résoudre le problème de la répartition des fonds européens ? Sous quelles conditions les nouveaux membres pourront-ils adopter l’euro ?

Tous ces enjeux économiques débouchent en définitive sur deux questions politiques majeures auxquelles l’Union Européenne ne pourra pas se dérober longtemps, sous peine de se fragiliser et de provoquer le désenchantement des citoyens Européens. Comment aller vers un système de coopérations renforcées, quel que soit le vocabulaire que l’on choisira : Europe à plusieurs vitesses, cercles concentriques, pays de l’avant garde… ? Comment construire un véritable fédéralisme économique sans aller vers une forme, certes encore à définir précisément, de fédéralisme politique ? Souhaitons, pour l’Europe future, que les débats à l’occasion des élections européennes du 13 juin 2004 n’éluderont pas ces questions.

Michel Dévoluy : Université de Strasbourg, BETA

Moïse Sidiropoulos : Université de Strasbourg (BETA)